Campredon centre d’art à l’Isle-sur-la-Sorgue consacre une exposition à l’artiste Françoise Pétrovitch qui façonne depuis les années 90 une oeuvre singulière et forte à travers différents médias. En constante évo- lution, son travail silencieux et souvent inquiétant se nourrit de l’intime et du collectif, du quotidien et de l’universel pour révéler un monde ambigü qui stimule notre imaginaire tout en le perturbant subtilement. L’exposition s’organise autour d’une scénographie imaginée par l’artiste et ajustée à l’esprit des lieux. Jouant avec les supports et les formats, elle dévoile un pan nouveau de ses recherches sur le thème des Nocturnes.

En ouverture, un bronze spécialement réalisé pour la cour de l’Hôtel Campredon accueille le visiteur, tandis qu’une série de peintures et de sculptures se déploie dans la pénombre tamisée de l’élégante demeure du XVIIIe siècle: Gures de l’enfance, imagerie animale, bouquets de eurs altèrés qui semblent jeter leurs derniers feux avant de s’éteindre, personnages masqués ou silhouettes spectrales comme absorbées par l’épaisseur des murs tendus de couleurs sombres, s’exposent aux regards des visiteurs. Suspendues aux parois violine, rouge grenat ou gris cendre, les peintures ténébreuses aux re ets amboyants font corps avec l’architecture. Elles exhalent de vagues et tremblantes lueurs en suspension, comme d’in mes parti- cules en voie d’extinction. Dans le parcours, une vidéo (Vertical) et quelques grands lavis d’encre baignés de couleur uides et claires viennent réveiller ces visons crépusculaires.

Le songe, le secret et l’ambivalence – thèmes récurrents chez Françoise Pétrovitch – sont au cœur de ces variations nocturnes. Tout y est empreint d’une douceur inquiète qui manifeste la perte ou la vanit et induit la sensation d’un monde ottant.
Déambulant dans l’exposition, le visiteur sera sensible à la beauté plastique des œuvres comme aux con uences poétiques que leurs proximités proposent. Entre apparition et disparition, ombres et lu- mière, douceur et violence, passé et présent, « Nocturnes » renvoie à cette part d’ombre de nous-même et ouvrent à d’innombrables délectations interprétatives.

Francoisepetrovitch